Livre : 100 Things Every Designer Needs to Know About People

100 Things Every Designer Needs to Know About People

Autant le dire tout de suite : 100 Things Every Designer Needs to Know About People est un livre qui se lit très vite, et qui est très très addictif. Susan Weinschenk présente un panorama de 100 faits, qui ont une importance dans la conception d’une application, d’un site web.

L’auteure nous apprend par exemple la manière dont ont lit un texte, ce qui fait que la lecture est plus ou moins rapide. On apprend également beaucoup sur nos capacités de mémorisation, sur la persistance des souvenirs. Ou encore ce qui captive notre attention.

J’ai choisi de présenter 4 points qui ont retenu mon attention.

On peut mémoriser (seulement) 4 éléments à court terme

On considère généralement que la mémoire à court terme est limitée à 7 éléments, plus ou moins 2. Susan Weinschenk nous apprend que c’est faux.

Des études récentes montrent que notre mémoire à court terme est limitée à seulement 4 éléments. Cela ne signifie pas qu’il est impossible de se souvenir de plus, mais plutôt qu’il faut fournir un effort supplémentaire pour mémoriser plus d’éléments, avec plus de risques d’erreurs.

Carte bancaire : les chiffres sont groupés par 4

Carte bancaire : les chiffres sont groupés par 4

C’est pour cette raison, par exemple, qu’on formate les numéros de carte bleue en séparant des groupes de chiffres plutôt que de tout écrire d’un bloc. Lorsqu’on lit un numéro de carte bleue et qu’on le tape sur son clavier, on ne mémorise pas d’un coup les 10 chiffres pour les taper d’une traite ! La séparation par groupes de quatre chiffres permet de mémoriser plus facilement et de savoir où on en était.

Applications pratiques

Susan nous propose plusieurs manières de prendre en compte ce fait pour créer des interfaces plus utilisables :

  • Limiter l’information à 4 éléments, ou bien regrouper / diviser les données pour obtenir des tailles proches de 4 éléments.
  • Découper les données (numéro de série, code, etc) avec au maximum 4 éléments par groupe

Cela peut notamment s’appliquer dans l’affichage de numéros de commande ou des numéros de série. Mais également sur des éléments d’interface comme des menus, ou des rubriques sur un site web.

Certaines polices sont plus lisibles que d’autres

C’est un fait qui parait assez évident, mais Susan Weinschenk nous permet surtout de reconnaitre les plus lisibles.

Contrairement à une idée reçue, il n’y a pas de différence entre des polices serif et sans‐serif (voir l’article de wikipedia sur l’empattement). Par contre, les polices décoratives sont plus difficiles à lire.

La taille de la police influe également sur la lisibilité du texte : une taille plus importante facilite la lecture. Ce qui est intéressant, c’est que la taille qu’on perçoit d’une police dépend moins de sa taille en points que de sa taille de x.

Typographie : la hauteur de x (x-height) illustrée

Typographie : la hauteur de x (x‐height) illustrée

Dernier point très intéressant : la lisibilité affecte notre perception du sens ! Par exemple, si l’énoncé d’un exercice est présenté avec une police plus difficile à lire, il sera jugé plus compliqué à résoudre que s’il était exprimé avec une police lisible. La lisibilité peut donc avoir un impact sur le message perçu.

Applications pratiques

  • Privilégier des polices de caractère dont la taille apparente est plus grande.
  • Éviter les polices décoratives

On veut du choix, mais il nous paralyse

Le choix, c’est le contrôle. Et avoir le contrôle nous rassure. Les utilisateurs ont donc tendance à demander plus de contrôle : plus de choix, plus d’options.

Ce qui est intéressant, c’est que des études montrent qu’avoir plus de choix empêche de prendre une décision : ça paralyse en quelque sorte.

On peut voir une exploitation de cette connaissance dans de nombreux sites web marchands : limiter le choix apparent pour maximiser les chances d’achat.

Apple est par exemple très fort dans ce domaine : dans l’Apple store en ligne, on a un choix parmi 4 gammes : Mac, iPad, iPhone, iPod.

4 gammes de produit dans l'Apple store en ligne

4 gammes de produit dans l’Apple store en ligne

En cliquant sur n’importe quelle gamme, par exemple mac, on tombe sur un choix parmi 5 produits : Macbook Air, Macbook Pro, Mac mini, iMac, Mac Pro.

Apple store en ligne : on a le choix entre 5 modèles de Mac

Apple store en ligne : on a le choix entre 5 modèles de Mac

On peut choisir le premier : le Macbook Air. Et on a finalement le choix parmi 4 configurations.

Apple store en ligne : le choix entre 4 configurations de MacBook Air

Apple store en ligne : le choix entre 4 configurations de MacBook Air

Quatre, ça ne vous dit rien ?

Cette organisation n’est pas le fruit du hasard. À chaque étape du processus, on n’a le choix qu’entre 3, 4 ou 5 possibilités. Et chaque choix amène à un autre choix du même type. Il est plus efficace (pour un vendeur) de n’exposer qu’un choix limité, en découpant le choix en étapes.

Applications pratiques

Pour les sites marchands, ou même les commerçants :

  • Limiter le nombre de choix à autour de 4 possibilités
  • Découper le choix en étapes, pour restreindre le choix

Et pour les éditeurs de logiciels:

  • Résister à l’envie d’ajouter des choix ou options demandés par les utilisateurs. On tend toujours à demander plus de contrôle, mais celui‐ci paralyse.
  • Supprimer un choix donne une impression de perte de contrôle, et peut être vécu très négativement par les utilisateurs.

Prise de décision en groupe

Lorsqu’on décide dans une réunion, il faut être conscient de deux biais importants qui empêchent de choisir la meilleure option.

Group designed by Amar Chadgar from The Noun Project

Prise de décision en groupe.
Icône Group de Amar Chadgar

Le premier problème concerne la dynamique de groupe. Susan Weinschenk nous apprend que le raisonnement mené en groupe peut être fortement biaisé par les à‐priori qu’on a sur l’avis des autres membres du groupe. Lorsqu’on connait ces préférences, on est amené à ne pas considérer les autres options.

Le deuxième concerne l’émergence d’un leader dans la réunion, et le fait que son idée sera plus facilement acceptée par le reste du groupe, même si elle est moins bonne.

Certains ont étudié les mécanismes en jeu lorsqu’un leader se dégage. Ils ont observé que le meneur était celui qui parlait en premier, ou exprimait son idée en premier. Il faut donc particulièrement faire attention, lors d’une prise de décision, qu’on ne choisit pas une option juste parce qu’elle a été la première.

Applications pratiques

Susan Weinschenk propose plusieurs moyens de contrecarrer ces biais lors de la prise de décision en groupe.

  • Faire en sorte que chacun puisse étudier les informations avant de connaitre les opinion des autres
  • Demander à chacun de noter sa confiance dans son propre avis avant de le partager
  • Faire en sorte que tous les désaccords puissent être discutés
  • Faire particulièrement attention à ce que la première solution exposée ne soit pas surévaluée juste parce que ça a été la première
  • Demander à chacun d’écrire ses idées avant de les partager avec tout le monde

Ces recommandations me rappellent assez des pratiques mises en place lors de retrospectives ou d’autres réunion. La démarche scrum/agile s’appuie beaucoup sur des post‐it, où chacun note ses idées et remarques avant la mise en commun. Et c’est vraiment plus efficace, ça amène plus de dialogue, on a également une meilleure vision du poids de chaque remarque (si elle revient plusieurs fois).

Un livre très intéressant

Vous l’aurez compris à la longueur de cet article, j’ai vraiment apprécié le livre 100 Things Every Designer Needs to Know About People. C’est une mine d’or bien organisée, sans blabla, contenant des faits issus d’expérimentations intéressantes, et des propositions pratiques pour tirer parti de ces connaissances.

À mettre entre toutes les mains de développeurs, designers, graphistes !

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Commentaires

4 Comments sur « Livre : 100 Things Every Designer Needs to Know About People »

  1. Franck Mée dit :

    La partie sur la prise de décision doit même pouvoir être généralisée…
    C’est marrant, mais je me rends même compte que c’est directement lié à la principale raison de ma démission : au lieu de proposer le sujet, puis de laisser les gens réfléchir à ce qu’ils en pensent, mon futur‐ex‐patron a énormément tendance à faire une réunion sur un sujet dont personne n’a entendu parler, à nous présenter son avis et à nous demander le nôtre dans la foulée.
    J’avais instinctivement traduit ça par «tu nous demandes pas notre avis, tu nous demandes notre approbation» (au passage, c’est une phrase qui fait son petit effet quand on la sort après une demi‐heure de réunion et que c’est la première chose qu’on dit ^^ ), mais en fait ça rejoint totalement ce point : le premier qui parle a un avantage, surtout si les autres n’ont pas eu le temps de creuser et valider leurs propres opinions.

    Je pense que c’est là que les psy junguiens disent qu’il faut un «type indépendant» (INTJ ou truc du genre) dans l’équipe : c’est le genre d’emmerdeurs qui se sentent très peu tenus par la priorité hiérarchique ou chronologique dans une discussion, voire qui remettent en question par principe le premier truc qui a été dit. ^^

  2. Ghusse dit :

    Je ne suis pas certain que le coup de l’empêcheur de tourner en rond fonctionne à merveille.

    Mais la connaissance par tous de genres de mécanismes que tu décris peut contribuer à contrebalancer leurs effets. Mais après, si le patron veut faire une réunion pour imposer ses vues, y’a pas vraiment moyen de faire grand chose.

  3. Julien dit :

    Le bouquin a l’air intéressant, ça me rappelle mes cours d’ergonomie cognitive de Montréal.
    J’ai lu qqc au sujet de ces réunions qui n’ont pour but que de chercher l’approbation des gens afin qu’ils soient plus engagés, pour qu’ils aient la sensation d’avoir eux même fait le choix (peut être «Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens», je ne sais plus). Enfin sinon un ordre du jour envoyé par avance aide beaucoup généralement…!

  4. Tony dit :

    Merci pour votre synthèse assez complète, qui se veut en Français par ailleurs. Les 2 choses qui m’ont le plus marquée dans ce livre sont justement les explications sur la loi de Miller, qui démystifient le «magical number 7+−2» et le fait qu’une police d’écriture compliquées va rendre la tache plus dur pour un individu d’effectuer une activité physique.
    Les résultats des expériences scientifiques évoquées dans cet ouvrage changent vraiment le regard que l’ont porte sur l’expérience utilisateur.

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