Comparaison des critères de Bastien et Scapin et heuristiques de Nielsen

Je connaissais les 10 heuristiques de Nielsen, et la démarche qu’il a mise au point pour rechercher des problèmes d’ergonomie dans des interfaces. J’ai découvert il y a peu, les critères de Bastien et Scapin, décrits en 1993 par ces deux chercheurs français à l’INRIA. Il semble qu’en France, ces derniers critères soient également utilisés.

Et il m’a semblé intéressant de comparer les deux approches, car je n’ai pas réussi à faire correspondre de prime abord les critères de Nielsen avec ceux de Bastien et Scapin.

Les critères de Bastien et Scapin

J’ai retrouvé, grâce à la magie du web, l’article publié en 1993 par les deux chercheurs. Il est très intéressant car complet, explicatif et également illustré d’exemples (sous forme de recommandations plus concrètes).

Christian Bastien et Dominique Scapin

Christian Bastien et Dominique Scapin

Leur liste de critères comprend 8 critères, mais certains sont composés de 3 voire 4 sous‐critères assez sensiblement différents ; alors que d’autres ne sont pas autant développés. Pour pouvoir comparer aux critères de Nielsen, j’ai préféré le découpage en 16 points.

Les heuristiques de Nielsen

Jakob Nielsen

Jakob Nielsen

Nielsen a publié cette version définitive de la liste des heuristiques en 1994, à partir de travaux réalisés en 1990. Cette liste est certainement la plus utilisée dans le monde.

J’ai dressé la liste dans un article précédent concernant l’évaluation heuristique.

Qui est qui ?

Une chose est sûre : on ne peut pas faire de correspondance simple entre les deux listes. D’abord parce qu’elles ne contiennent pas le même nombre de points : 8 ou 16 pour la première, et 10 pour la deuxième. Et ensuite parce que la formulation est différente.

La question que je me suis posé est donc très simple : quelle correspondance y-a-t’il entre ces deux listes ? Sont‐elles équivalentes ? J’ai donc créé un petit tableau et reporté les correspondances entre les règles des deux listes de critères.

Correspondance des critères de Bastien & Scapin, et les heuristiques de Nielsen

Correspondance des critères de Bastien & Scapin, et les heuristiques de Nielsen

Les carrés verts   correspondent aux correspondances «évidentes», les carrés oranges   aux correspondances qui le sont moins.

J’ai volontairement compressé le tableau pour des problèmes d’affichage. Si vous voulez connaitre les règles qui sont sur chaque ligne et colonne, reportez‐vous document source. N’hésitez pas à me faire vos retours si j’ai oublié des choses.

J’ai entouré les zones intéressantes de cette comparaison, pour mettre en lumière les différences marquantes entre les deux listes de critères.

Comparaison des critères et heuristiques : sélection de points intéressants

Comparaison des critères et heuristiques : sélection de points intéressants

Comme on pouvait s’y attendre, les deux listes de critères adressent les mêmes problèmes. Il n’y a pas de grand absent d’un côté ou de l’autre, c’est plutôt rassurant.

Aide et documentation : différence de poids

La première différence qui m’a frappé concerne l’importance donnée à l’aide et la documentation. Nielsen a créé une catégorie pour ce sujet, au même titre que les autres.

Du côté des critères B&S, on se rend compte qu’il n’y a un qu’un sous‐critère qui entre dans cette catégorie : l’incitation (qui fait partie du guidage). Et encore, c’est assez caché.

Ce critère englobe aussi tous les mécanismes ou moyens faisant connaître aux utilisateurs les alternatives, lorsque plusieurs actions sont possibles, selon les états ou contextes dans lesquels ils se trouvent.

L’incitation concerne également les informations permettant aux utilisateurs de savoir où ils en sont, d’identifier l’état ou le contexte dans lequel ils se trouvent, de même que les outils d’aide et leur accessibilité.

L’aide en tant que telle ne semble pas avoir autant d’importance dans les critères de Bastien et Scapin. Cependant, de nombreux dispositifs qu’on pourrait qualifier d’aide entrent dans leurs catégories. Ce n’est pas un oubli, mais plus une pondération différente.

La lisibilité : pas explicitement présente dans les heuristiques de Nielsen

Cette fois‐ci, c’est un critère de B&S que j’ai eu du mal à retrouver dans les heuristiques de Nielsen: la lisibilité.

La justification de ce sous‐critère est intéressante et apporte des exemples d’application.

Ainsi par exemple, les lettres sombres sur fond clair sont plus faciles à lire que l’inverse; le texte présenté en lettres majuscules et minuscules est lu plus rapidement que le texte présenté seulement en lettres majuscules.

J’ai rattaché la lisibilité à deux heuristiques : Identifier plutôt que mémoriser dont la description semble coller plus ou moins ; ainsi que l’heuristique Esthétique et minimalisme.

I semble qu’il faille tout de même quelque peu tordre les règles de Nielsen pour rattacher ce critère pourtant basique à une catégorie. C’est certain que dans ce cas précis, les critères de Bastien et Scapin sont plus explicites, en donnant de surcroit des exemples de recommandation.

Brièveté (S&B) et efficacité (Nielsen)

La dernière différence marquante entre les deux listes concerne des critères qu’on rapproche facilement : la brièveté de Bastien et Scapin et l’efficacité de Nielsen.

Voici une partie de la définition du critère de brièveté:

Il s’agit ici de limiter autant que possible le travail de lecture, d’entrée et les étapes par lesquelles doivent passer les utilisateurs.

Et l’heuristique de Nielsen:

Flexibilité et efficacité : les accélérateurs permettent aux utilisateurs avancés d’aller plus vite et permettent de satisfaire les besoins d’utilisateurs novices et expérimentés.

Ce qui est étonnant dans ce cas, c’est que l’explication que donne Nielsen est en fait très restrictive en comparaison du titre. Je pense qu’on peu à juste titre rapprocher les deux définitions.

En englobant dans cette heuristique toutes les améliorations qui permettent à l’utilisateur d’aller plus vite (sans distinction d’expérience utilisateur), on élargi le champ de cette règle qui devient plus explicite sur ce sujet.

Conclusion : quel choix de critères ?

Les critères ou heuristiques ne sont qu’un outil pour évaluer l’ergonomie d’une interface. Ils ne constituent qu’une grille d’analyse, souvent un point de départ qui est complété par des règles spécifiques à un éditeur.

D’un point de vue personnel, je trouve les heuristiques de Nielsen plus aisées à comprendre au premier abord. Cela s’explique par des noms plus explicites. Par exemple, je trouve facile de comprendre de quoi parle l’heuristique Flexibilité et efficacité. D’un autre côté, il n’est pas aisé de comprendre ce qui se cache derrière le critère Guidage sans lire l’explication des 3 sous‐critères.

Les critères de Bastien et Scapin sont par contre plus explicites sur de nombreux points comme la lisibilité ou encore l’efficacité. Cela en fait un outil plus structuré, peut‐être plus complet.

Ces différences me font penser que le principal reproche que je fais aux critères de Bastien et Scapin par rapport aux heuristiques de Nielsen est justement d’ordre ergonomique. Ce qui est un comble.

Pour aller au bout de l’analyse, je dirais qu’ils enfreignent principalement la règle Utiliser des métaphores et des expressions familières chez Nielsen ou Signifiance des codes et désignations dans leur propre liste.

Commentaires

2 Comments sur « Comparaison des critères de Bastien et Scapin et heuristiques de Nielsen »

  1. Philo dit :

    Merci pour cet article! Je me suis amusé à faire la même comparaison pour en arriver au mêmes conclusions 😉

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