Rudeval : fin

Voilà, j’ai fini de lire le livre de Marc : Rudeval. Cela m’a pris plus de temps que prévu car j’avais trouvé une autre occupation dans les transports. J’ai décidé ce matin de finir ce que j’avais commencé, suite d’ailleurs à une discussion avec l’auteur.

Je lui ai également fait part de mes remarques sur ce roman, aussi ne vais-je pas en faire étalage ici en fait si, je suis parti pour ça… Ces remarques sont d’ailleurs à interpréter à la lumière de ma culture littéraire assez pauvre, aussi je conçois tout à fait qu’on puisse ne pas être d’accord. J’ai juste tenté de faire des remarques constructives, qui puisse renseigner sur mon sentiment.

La première chose, c’est que je vous conseille de vous faire une idée par vous même.

L’auteur sait écrire, son style est efficace. Certains peuvent détester (apparemment), moi j’apprécie. L’idée est bonne : imaginons que les élections de 2002 se soient terminées différemment. Imaginons un personnage d’extrême droite qui prend le pouvoir. Imaginons que le pays bascule.

On se prend à imaginer l’histoire d’un personnage qui va prendre le maquis, plus ou moins malgré lui. Et au fil des pages on vit avec lui cette période difficile, où il doit lutter pour sa survie, lutter contre le pouvoir en place, lutter contre sa conscience. Lutter contre la mort.

Cependant je pense qu’il y a encore beaucoup de travail à abattre sur ce roman pour qu’il me plaise entièrement. Et ce sur plusieurs axes.

Pour ceux que ça gave de tout lire, je vous mets un lien vers la conclusion.

Le scénario

C’est vrai qu’on ne s’ennuie pas dans ce roman à partir du moment où les personnages prennent le maquis. Le roman contient en fait deux grandes parties : avant et après. Le plus gros du travail se situe dans la première partie à mon goût, mais la deuxième en demande également.

La prise de pouvoir, la rébellion

Je connais trop bien l’auteur pour ne pas le reconnaitre au travers de son personnage principal. Il ne s’en cache d’ailleurs pas puisqu’il lui a choisi le prénom de son pseudonyme.

L’auteur a tenté de justifier sa prise de maquis par l’ignominie des dirigeants, et il leur donné tout ce qu’il rejette : le libéralisme primaire, exacerbé, qui n’est plus aujourd’hui proné par quiconque ; la xénophobie, très violente, qui nous ramène au temps de la seconde guerre mondiale ; le rejet total du système éducatif (la politique du démerdez-vous) ; la violence policière.

Je dois dire que ça fait trop, on n’y croit pas toujours. Surtout que finalement tout ceci ne suffit pas à provoquer la montée au maquis. C’est un tout petit évènement, improbable, qui est le déclencheur.

On peut faire le parallèle avec la seconde guerre mondiale : les gens qui entraient en résistance le faisaient soit au bout d’un long processus (réunion politiques, collage d’affiches, lecture de journaux interdits, puis petits actes politiques, aide pour cacher des fugitifs …) ; soit par urgence (appelés au STO) ; soit encore dans les deux cas.

Ici rien de tout ça, juste une petite manifestation qui finit dans le sang (vers le début, on n’y croit pas) mais qui ne suffit pas. Bref, je pense qu’il faut sérieusement revoir cette introduction.

Le maquis

Comme je le disais, le livre ne commence réellement qu’en page 61 à la prise du maquis. Là j’ai commencé à accrocher. L’action démarre, on se prend au jeu. On suit nos héros. Globalement on ne s’ennuie pas, ce ne sont pas les choses à faire qui manquent là haut. Il faut manger, échapper aux patrouilles, s’organiser entre groupes, faire quelques actions par ci par là.

Au niveau scénario, il m’a manqué des problématiques de plusieurs chapitres. Des choses qui vous tiennent en halène, des moments où on croit que le dénouement s’approche mais où au dernier moment on voit apparaitre une difficulté. Il manque ces moments de doute, ces buts récurrents qui demandent le franchissement de plusieurs étapes. On y a droit à la toute fin du livre avec une action qui échoue et un début de problématique à plus long terme. Preuve que l’auteur a toutes les qualités pour nous faire vivre des aventures plus imbriquées.

En y repensant, ce que j’ai décrit à l’auteur hier comme étant le syndrome Buck Danny, se caractérise surtout par ce manque. Bon, je sais j’ai été vache mais c’était fait exprès pour.

Ce que j’appelle le syndrome Buck Danny, c’est le fait que le héros se tire toujours des situations les plus inextricables avec une aisance et un naturel hors du commun. Buck Danny arrive à semer un missile SAM à ses trousses lorsqu’il pilote un avion de tourisme.

Revenons à nos moutons, j’ai donc fait cette remarque à mon ami qui est l’auteur de Rudeval, car cela correspond à ce que j’ai ressenti en lisant certains passages. Les héros ont plutôt l’ascendant sur l’armée alors que ça devrait être le contraire, et de loin.

C’est peut-être un symptôme de la trop grande ressemblance entre le héros et l’auteur. On a du mal à s’imaginer agonisant, ou touché par un éclat d’obus. C’est d’ailleurs ce qui différencie les bleus des vieux de la vieille dans l’armée. Les premiers s’imaginent invincibles.

Les personnages

J’ai déjà évoqué la proximité entre l’auteur et le personnage principal : même prénom, même caractère, mêmes goûts, même préoccupations.

Connaissant l’auteur, et connaissant sa — allez, faisons plaisir à Ségo (c’est la mode) — réservitude, je n’ai pas été étonné de rester sur ma faim en ce qui concerne les personnages. Ils manquent de profondeur, même le héros. Je pense que le roman devrait aussi être retravaillé pour nous faire connaitre les compagnons de galère, et pas seulement au moment où on a besoin d’eux. Non, connaitre leurs peurs, petites manies, souffrances, joies.

Il y a des personnages très singuliers qui pourraient être très attachants dans cette histoire : la petite fille entêtée qui monte avec ses parents par exemple. Mais on ne la connait pas assez, elle nous parait un peu étrangère et on ne la comprend pas tellement.

Beaucoup de femmes, de jeunes femmes d’ailleurs, ont un rôle dominant dans cette histoire. Des rôles des combattantes, de forces de la nature. On sent qu’elles sont partout, on ne s’attache presque pas à parler des hommes et du coup ça parait déséquilibré.

Le journaliste fait son apparition mais n’est pas assez exploité à mon goût. Tout comme le chef qui meurt juste après qu’on nous ait dit qu’il était le chef.

Les personnages sont là, présents, intéressants, singuliers. Il faut juste nous les faire connaitre, nous faire vivre avec eux.

Les détails

Les techniques de combat décrites dans le livre me font plus penser à la seconde guerre mondiale qu’à un conflit contemporain (notez qu’aujourd’hui on dit conflit).

Aujourd’hui les forces armées utilisent beaucoup d’avions, font des bombardements sur des objectifs précis, utilisent des hélicoptères en soutient et pour le transport, des drones de reconnaissance. Et les soldats sont équipés de casques et gilets pare-balles, ce qui les rends plus difficile à abattre (cf syndrome Buck Danny). Je doute que le rail ait autant d’importance qu’à l’époque.

D’un autre côté le moyen de lutter contre toute cette technologie, c’est la guerilla. On ne reprend pas un village, on ne saurait le défendre. On attaque juste une petite patrouille par-ci par-là, on oppresse. On surgit et disparait.

Conclusion

Rudeval est un premier roman, il expose des qualités indéniables mais au final je n’ai pas trouvé d’absence. Le scénario n’est pas vide, les personnages sont là, intéressants. Le style est au rendez-vous, clair, concis, précis.

Il ne manque plus que du travail, du travail et du travail pour faire ressortir tous ces points, pour les mettre en valeur et les exploiter à fond.

Commentaires

3 Comments sur « Rudeval : fin »

  1. Greg dit :

    Tu fais quoi dans les transport mnt ?

  2. Ghusse dit :

    Il m’a refilé d’autres trucs à incendier lire.

    Et puis sinon j’écoute des podcasts, c’est pour ça que j’ai pas fini très très rapidement le bouquin.

  3. Marc Fenek dit :

    Oui, ben alors, tu devrais être en train d’incendier d’autres trucs au lieu de bavarder avec moi sur MSN !!! 😉

    Surtout que finalement tout ceci ne suffit pas à provoquer la montée au maquis. C’est un tout petit évènement, improbable, qui est le déclencheur.

    C’est l’idée, en effet…
    Les gens, tu peux leur faire ce que tu veux : tant que ça ne les concerne pas directement, ils ne bougeront pas.
    Ils ne bougent pas quand on les écrase de loin, il faut impérativement venir les chercher directement pour qu’ils réagissent — et se disent, juste après : merde, maintenant, on fait quoi ? On peut plus rester tranquilles dans notre médiocrité ordinaire ?

    Au niveau scénario, il m’a manqué des problématiques de plusieurs chapitres.

    Yep. T’as tout à fait raison, et je suis surpris que personne ne me l’ai dit jusqu’à présent. C’est vraiment au jour le jour, enfin, au chapitre le chapitre. Pas de vue d’ensemble, pas de projection, pas ou peu d’actions à cheval sur plusieurs morceaux.

    On y a droit à la toute fin du livre avec une action qui échoue et un début de problématique à plus long terme.

    Ouais… Sur dix pages… ^_^

    [Buck Danny] Bon, je sais /j’ai été vache/ mais c’était fait exprès pour.

    Boah, si on m’assure d’avoir la carrière de Charlier, je signe… ^_^

    Les héros ont plutôt l’ascendant sur l’armée alors que ça devrait être le contraire, et de loin.

    Le problème, en fait, est peut-être lié à ce mécanisme trop systématique : quand l’armée prend le dessus, les personnages s’enferment dans leurs grottes et attendent que ça passe.
    Encore un truc à revoir…

    Ils manquent de profondeur, même le héros. Je pense que le roman devrait aussi être retravaillé pour nous faire connaitre les compagnons de galère, et pas seulement au moment où on a besoin d’eux. Non, connaitre leurs peurs, petites manies, souffrances, joies.

    Ça… Ça fait des années que je travaille dessus, et pas seulement en fiction…
    Suppose que je raconte la tragédie d’un type qui se fait chourer un portable et un appareil photo : y’aura pas plus d’émotion. C’est un peu le problème. >_la petite fille entêtée qui monte avec ses parents par exemple. Mais on ne la connait pas assez, elle nous parait un peu étrangère et on ne la comprend pas tellement.

    Argh. Dommage.

    Beaucoup de femmes, de jeunes femmes d’ailleurs, ont un rôle dominant dans cette histoire. Des rôles des combattantes, de forces de la nature. On sent qu’elles sont partout, on ne s’attache presque pas à parler des hommes et du coup ça parait déséquilibré.

    M’enfin, c’est pas intéressant, un homme ! ^_^

    Oui, c’est aussi un problème.

    Le journaliste fait son apparition mais n’est pas assez exploité à mon goût. Tout comme le chef qui meurt juste après qu’on nous ait dit qu’il était le chef.

    Tiens ? Ça me paraissait évident, qu’il était le chef.
    Pour l’inutilité de Firestone, c’est tout à fait vrai et ça me désole.

    Je doute que le rail ait autant d’importance qu’à l’époque.

    Là, tu mets le doigt sur un gros problème qui ne m’a jamais été rapporté, et pourtant il est énorme — même moi, je m’en suis rendu compte.

    D’un autre côté le moyen de lutter contre toute cette technologie, c’est la guerilla. On ne reprend pas un village, on ne saurait le défendre. On attaque juste une petite patrouille par-ci par-là, on oppresse. On surgit et disparait.

    Voire, on fait partie de la population et rien ne permet de distinguer partisans et gens ordinaires… Voir l’Irak par exemple, mais même le Viêt-Nam annonçait ce mode d’action.

    Il ne manque plus que du travail, du travail et du travail pour faire ressortir tous ces points, pour les mettre en valeur et les exploiter à fond.

    Mais euh ! Le travail, ça fatigue ! ^_^

    Tu noteras que globalement, t’as tout à fait raison, malgré l’étendue phénoménale de ton incultance littéraire ^_^.
    Le point qui me chagrine beaucoup, c’est le manque d’implication des personnages. On a du mal (à part les gens qui ont adoré, bien sûr…) à se prendre au jeu, à les connaître, à croire en eux et à les affectionner. En fait, ils n’existent pas.
    C’est sûr qu’il y a d’autres faiblesses, mais mon incapacité chronique à faire vivre, penser, s’émouvoir un personnage est sans doute ce qui me gêne le plus à l’heure actuelle.

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